Démons & esprits

Belzébuth

Belzébuth — illustration, démonologie

Belzébuth est une figure démoniaque issue du dieu philistin Baal Zebub ; le Nouveau Testament en fait le « prince des démons » et la démonologie un chef de l'Enfer.

Belzébuth est une figure démoniaque dont le nom dérive de Baal Zebub, divinité philistine vénérée à Ékron et mentionnée dans la Bible hébraïque. Le Nouveau Testament en fait un « prince des démons », et la démonologie chrétienne postérieure, notamment les grimoires et les dictionnaires des XVIIe-XIXe siècles, le range parmi les principaux chefs de l’Enfer. Son histoire traverse plusieurs strates distinctes : un dieu cananéen, une figure polémique des Évangiles, puis un personnage des traités de magie et de la littérature.

Qui est Belzébuth ?

Belzébuth n’est pas un personnage unique et stable : son profil change selon les textes. À l’origine, il s’agit d’un dieu étranger. Dans la tradition juive puis chrétienne, son nom devient celui d’un démon de premier rang. La démonologie médiévale et moderne en fait ensuite un dignitaire de l’Enfer, doté d’une hiérarchie et d’attributs précis. Ces couches ne se confondent pas : elles relèvent de croyances, de polémiques religieuses et de constructions textuelles successives.

L’origine biblique : le dieu d’Ékron

La plus ancienne mention apparaît dans l’Ancien Testament, en 2 Rois 1. Le roi d’Israël Achazia, blessé après une chute, envoie consulter « Baal Zebub, dieu d’Ékron » pour savoir s’il guérira. Le prophète Élie condamne cette démarche, reprochant au roi de s’adresser à une divinité étrangère plutôt qu’au Dieu d’Israël.

Le nom hébreu Baal Zebub signifie littéralement « seigneur des mouches ». Plusieurs hypothèses tentent d’en rendre compte. Une lecture y voit un dieu lié aux mouches, peut-être invoqué contre les maladies. Une autre, largement discutée, suppose un jeu de mots : la forme originale aurait été Baal Zebul, « le prince » ou « seigneur de la demeure élevée », un titre divin honorifique attesté dans l’aire cananéenne. Les scribes israélites l’auraient déformé en Zebub, « mouches », pour tourner ce culte en dérision. Ékron était l’une des cinq grandes cités philistines.

Dans le Nouveau Testament : le prince des démons

Le nom réapparaît dans les Évangiles sous la forme grecque Beelzeboul. Des adversaires de Jésus l’accusent de chasser les démons « par Belzébuth, le prince des démons » (Matthieu 12,24 ; voir aussi Marc 3,22 et Luc 11,15). Jésus répond par l’argument du royaume divisé : un pouvoir qui s’attaquerait à lui-même ne pourrait subsister.

Le texte établit un lien explicite entre Belzébuth et le chef des forces démoniaques, sans toujours l’identifier formellement à Satan. Le Testament de Salomon, écrit pseudépigraphe des premiers siècles, présente Beelzeboul comme « prince des démons » revendiquant un passé d’ange céleste. C’est par ces textes que Belzébuth s’installe durablement comme une figure de premier plan dans la démonologie.

Dans la démonologie et les grimoires

La démonologie occidentale n’est pas une description du réel, mais un corpus de textes, de croyances et de spéculations. Dans ce cadre, Belzébuth occupe une place importante.

Le Lemegeton ou Petite Clef de Salomon, grimoire compilé au XVIIe siècle dont la première partie est l’Ars Goetia, recense soixante-douze esprits hiérarchisés ; Belzébuth y figure parmi les puissances de haut rang. Plusieurs classifications de l’époque moderne font de lui l’un des princes majeurs de l’Enfer, aux côtés de Lucifer ou Astaroth. Le Dictionnaire infernal de Jacques Collin de Plancy, publié en 1818 et réédité jusqu’à l’édition illustrée de 1863, le décrit comme un chef de l’Enfer et reprend le motif de la mouche.

Attributs et représentations

La représentation de Belzébuth varie selon les sources. Le rapprochement constant avec les mouches, issu de l’étymologie de son nom, en fait souvent un démon associé à ces insectes, parfois figuré sous une forme d’insecte géant. Son rang dans la hiérarchie infernale est une construction propre à la démonologie : « prince » ou « chef » des démons, fonction héritée des Évangiles puis réinterprétée par les démonologues.

Dans la culture

La reprise littéraire la plus marquante figure dans Le Paradis perdu de John Milton (1667), où Belzébuth est un ange déchu de haut rang, second après Satan et conseiller influent des rebelles. Le roman Sa Majesté des mouches (1954) de William Golding doit son titre anglais, Lord of the Flies, à la traduction du nom de Belzébuth, sans mettre en scène le démon lui-même.

Sources et références

  • Bible, Deuxième livre des Rois, chapitre 1 (Baal Zebub, dieu d’Ékron).
  • Bible, Évangiles : Matthieu 12,24-27 ; Marc 3,22 ; Luc 11,15.
  • Testament de Salomon (Beelzeboul, prince des démons).
  • Lemegeton (Petite Clef de Salomon), partie Ars Goetia, XVIIe siècle.
  • Jacques Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, 1818 ; édition illustrée, 1863.
  • John Milton, Le Paradis perdu, 1667 ; William Golding, Sa Majesté des mouches, 1954.

Questions fréquentes

Belzébuth et Satan sont-ils le même personnage ?

Pas à l'origine. Les Évangiles les rapprochent en faisant de Belzébuth un « prince des démons », et certaines traditions postérieures les confondent, mais d'autres textes, comme Milton, en font deux entités distinctes.

Pourquoi l'appelle-t-on « seigneur des mouches » ?

Le nom hébreu Baal Zebub signifie littéralement « seigneur des mouches ». Beaucoup de spécialistes y voient une déformation moqueuse de Baal Zebul, « le prince ».

Belzébuth existe-t-il vraiment ?

C'est un personnage de textes religieux et de traités de démonologie, pas un fait établi : il relève de croyances et d'une histoire littéraire, d'un culte philistin jusqu'aux grimoires.