Mythologie grecque

Sisyphe

Sisyphe — illustration, mythologie

Sisyphe est le roi rusé fondateur de Corinthe, célèbre pour avoir défié la mort et condamné à pousser éternellement un rocher qui retombe sans cesse.

Sisyphe est un roi de la mythologie grecque, fondateur légendaire de Corinthe, réputé le plus rusé des mortels. Par deux fois il échappe à la mort en trompant les dieux des Enfers. Pour cette audace, il est condamné à rouler éternellement un rocher qui retombe toujours, un supplice devenu le symbole de l’effort vain.

Qui est Sisyphe ?

Sisyphe (en grec ancien Σίσυφος) est un roi mortel, fondateur et premier souverain de la cité d’Éphyra, l’antique Corinthe. Fils du roi Éole, ancêtre des Éoliens, il appartient à la première génération des héros, bien avant la guerre de Troie. La tradition le présente comme un bâtisseur avisé, à qui l’on attribue la fondation des Jeux isthmiques.

Sa renommée tient surtout à son intelligence retorse. Sisyphe passe pour le plus astucieux des mortels, l’archétype de l’homme rusé et fourbe. Quand d’autres héros s’imposent par la force, lui l’emporte par la ruse et la tromperie, au point d’oser défier les dieux et la mort. Cette intelligence sans scrupules lui vaudra l’un des châtiments les plus durs de la mythologie.

Le roi fondateur de Corinthe

Avant d’être un damné, Sisyphe fut un roi prospère. La tradition lui attribue la fondation d’Éphyra, qui deviendra Corinthe, sur l’isthme stratégique reliant le Péloponnèse au continent. Souverain habile, il développe le commerce et la navigation, et passe pour avoir institué les Jeux isthmiques en l’honneur du dieu marin Mélicerte.

Cette réputation de roi industrieux a une contrepartie. Sisyphe règne aussi par la ruse et n’hésite pas à tromper voisins et voyageurs. Certaines traditions le présentent même comme un brigand qui attire et tue les étrangers de passage, transgression grave pour les Grecs, chez qui l’hospitalité était sacrée et placée sous la protection de Zeus. C’est cette propension à la fourberie qui finira par le perdre.

Sisyphe enchaîne la Mort

Le premier exploit de Sisyphe est aussi sa première offense. Selon une tradition, il avait dénoncé une frasque de Zeus, révélant au dieu-fleuve Asopos que le roi des dieux avait enlevé sa fille Égine. Furieux d’être trahi, Zeus dépêche Thanatos, la Mort en personne, pour conduire Sisyphe aux Enfers.

Mais le roi ne se laisse pas faire. Quand Thanatos vient le chercher, Sisyphe feint la curiosité et demande à voir comment fonctionnent les chaînes destinées à l’entraver. Le dieu accepte la démonstration : Sisyphe en profite pour le ligoter et l’enchaîner à sa place. Tant que la Mort reste prisonnière, plus aucun être humain ne meurt sur la terre.

Ce désordre alarme les dieux. Arès, dieu de la guerre, voit son office vidé de sens si nul ne peut plus périr au combat. Il intervient, délivre Thanatos et lui livre Sisyphe. Le roi est conduit aux Enfers, mais il a déjà préparé sa seconde ruse.

La ruse pour revenir des Enfers

Avant de mourir, Sisyphe avait ordonné à son épouse Mérope de ne lui rendre aucun honneur funèbre et de laisser son corps sans sépulture. Une fois arrivé aux Enfers, il se plaint auprès de Perséphone, reine du monde souterrain : privé de rites funéraires, il ne peut trouver le repos parmi les morts.

Feignant l’indignation, il demande l’autorisation de remonter brièvement chez les vivants pour punir son épouse impie et obtenir des funérailles dignes. Touchés par cette piété apparente, Hadès et Perséphone le laissent repartir. Mais une fois revenu à la lumière, Sisyphe n’a aucune intention de tenir parole : il refuse de retourner aux Enfers et reprend sa vie de roi.

Il faudra l’intervention d’Hermès, le messager des dieux et conducteur des âmes, pour le ramener de force dans le royaume des morts. Cette double tromperie, avoir enchaîné la Mort puis dupé les souverains des Enfers, va lui valoir un supplice à la mesure de son audace.

Le châtiment de Sisyphe : le rocher éternel

Pour punir son insolence répétée, les divinités infernales infligent à Sisyphe le plus célèbre des supplices. Dans le Tartare, l’abîme où sont châtiés les plus grands coupables, il est condamné à pousser un énorme rocher jusqu’au sommet d’une colline.

Mais le châtiment est conçu pour ne jamais finir. Chaque fois que le roi, au prix d’efforts épuisants, parvient presque au sommet, la pierre lui échappe et retombe jusqu’en bas de la pente. Sisyphe doit redescendre et tout recommencer, pour l’éternité. Dans l’Odyssée (chant XI), Homère décrit Ulysse l’apercevant aux Enfers, suant et haletant, luttant contre la masse de roche qui roule toujours vers le bas.

Ce supplice illustre la punition de qui a voulu tromper la mort : un effort total, indéfiniment répété, qui n’aboutit jamais. De là viennent l’expression « travail de Sisyphe » et l’adjectif « sisyphéen », qui désignent une tâche pénible, absurde et toujours à recommencer.

Le mythe de Sisyphe selon Camus

Au XXe siècle, le philosophe et écrivain français Albert Camus donne au mythe une seconde vie dans son essai Le Mythe de Sisyphe (1942). Il y fait du héros corinthien la figure de l’absurde : condamné à un labeur sans but, Sisyphe devient l’image de la condition humaine, confrontée à l’absence de sens dans un monde silencieux.

Camus opère pourtant un retournement. Son Sisyphe assume sa tâche et trouve dans la lucidité même une forme de liberté et de révolte. La conscience qu’il prend de son sort le rend supérieur à son destin. L’essai s’achève sur une formule devenue célèbre : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. » Le supplice antique se transforme ainsi en méditation moderne sur le sens de la vie.

Sisyphe dans la culture

Au-delà de la philosophie, Sisyphe est passé dans la langue courante : parler d’un « rocher de Sisyphe » ou d’un « travail sisyphéen », c’est évoquer une entreprise vouée à l’échec et sans cesse à reprendre. Son image traverse la peinture, avec notamment une toile du Titien, la littérature et la philosophie existentialiste.

Le mythe inspire aussi le cinéma, la bande dessinée, la musique et le jeu vidéo, où il symbolise tantôt l’absurdité de la routine, tantôt la persévérance face à l’adversité. Le défi lancé aux dieux et l’effort éternellement repris en font l’un des personnages les plus parlants de la mythologie grecque.

Sources et références

  • Homère, Odyssée, chant XI (Ulysse aperçoit le supplice de Sisyphe aux Enfers).
  • Apollodore, Bibliothèque (généalogie de Sisyphe et ruses contre la mort).
  • Ovide, Métamorphoses (Sisyphe et son rocher parmi les damnés du Tartare).
  • Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, 1942 (réception philosophique et lecture de l’absurde).

Questions fréquentes

Pourquoi Sisyphe est-il puni ?

Pour avoir défié les dieux à répétition : il a dénoncé un enlèvement de Zeus, enchaîné Thanatos (la Mort) puis trompé Hadès et Perséphone afin de revenir des Enfers. Son châtiment est de rouler à jamais un rocher qui retombe toujours.

Qu'est-ce que le supplice de Sisyphe ?

Dans le Tartare, Sisyphe doit pousser un énorme rocher jusqu'au sommet d'une colline ; chaque fois qu'il approche du but, la pierre lui échappe et roule jusqu'en bas. Il recommence pour l'éternité.

Que signifie l'expression « travail de Sisyphe » ?

Elle désigne une tâche pénible, absurde et sans fin, qu'il faut sans cesse recommencer sans jamais l'achever. L'adjectif « sisyphéen » a le même sens.

Quel est le lien entre Sisyphe et Albert Camus ?

Dans son essai « Le Mythe de Sisyphe » (1942), Camus fait du héros la figure de l'absurde et conclut qu'il faut imaginer Sisyphe heureux, capable de trouver un sens dans sa lucidité même.